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Jeunes
Pour les personnes devant faire face à un cancer, l'activité physique est particulièrement bénéfique avant, pendant et après les traitements.
Publié le: 23 février 2025
Par: Barbara Delbrouck
6 min
Photo: © Adobe Stock // L'activité physique (adaptée) va avoir de nombreux impacts bénéfiques en cas de cancer. Notamment une réduction de la fatigue, des nausées et des douleurs musculaires.
"Avant, les oncologues conseillaient aux patients de ne pas trop bouger pour ne pas se fatiguer, se souvient Véronique Raskin, kinésithérapeute spécialisée en oncologie. Mais les mentalités ont bien changé. On sait à présent que l'activité physique (adaptée et encadrée) va avoir de nombreux impacts bénéfiques sur les patients. Notamment un effet drastique sur la réduction de la fatigue, un effet secondaire des traitements sur lequel peu de médicaments sont efficaces. Mais aussi sur les nausées et les douleurs musculaires, les deux autres plaintes les plus fréquentes". Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'activité physique, ce n'est pas forcément du sport, précise la kiné. "Marcher, c'est déjà se remettre en mouvement et bénéfique… Même si on ne sait pas en faire beaucoup, chaque pas compte !"
Véronique Raskin, kinésithérapeute spécialisée en oncologie
De nombreuses études ont démontré les bienfaits de l'activité physique face au cancer.
Actuellement, des programmes de revalidation oncologique post traitement ont été mis en place dans la plupart des grands centres hospitaliers sous l'impulsion de la Fondation contre le cancer, précurseuse en la matière. Mais ils ne font pas encore partie du plan de traitement. La Fondation et le Groupe de Travail National (constitué d'experts en la matière) militent pour la mise en place de programmes de revalidation systématiques.
Des études pilotes ont démontré que l'activité physique est bénéfique dès l'annonce du diagnostic de cancer. Une mise en forme avant de commencer les traitements permet non seulement de mieux les tolérer, de renforcer leur efficacité et de réduire les effets secondaires. "Les traitements provoquent une chute des capacités physiques, explique Véronique Raskin. La "pré-revalidation" va permettre d'augmenter la force et l'endurance avant cette chute et donc de descendre moins bas pendant les traitements". L'activité physique aide aussi à compenser la sarcopénie (diminution de masse musculaire), redoutée par les oncologues. Malheureusement, dans les hôpitaux, il n'est pas encore proposé de revalidation avant les traitements. "En attendant que ces programmes soient mis en place, on peut simplement continuer à marcher un maximum, en fonction de ses capacités" conseille Véronique Raskin. "Si vous devez patienter pour les résultats d'une prise de sang, sortir et faire le tour du bloc va déjà être bénéfique"
Dans la plupart des grands centres hospitaliers, les patients ayant terminé leurs traitements peuvent s'inscrire à une revalidation oncologique en fin de traitement ou après ceux-ci. Il s'agit alors de véritables programmes de remise en forme progressifs et adaptés, qui s'étalent sur plusieurs mois et sont encadrés par une kiné formé en oncologie. "Cela permet de récupérer plus rapidement la masse musculaire, la force et l'endurance perdues avec les traitements. Et donc de retrouver plus vite son autonomie (pouvoir monter les escaliers, faire ses courses…) et permettre une réinsertion socio-professionnelle plus facile, raconte Véronique Raskin, qui encadre la revalidation oncologique au Groupe santé CHC, dans la région de Liège. Mais la revalidation va bien au-delà de la récupération physique. "Cela joue beaucoup sur le moral, l'estime de soi… " analyse la kiné. "C'est aussi un moyen pour les patients de reprendre le contrôle et de refaire de ce corps, qui les a trahis, un allié. C'est vrai qu'il est souvent dur pour les patients de se remettre en mouvement. Mais après quelques séances cela va beaucoup mieux. Et lorsqu'ils comprennent tous
Julie : C'est comme si mon corps me remerciait de prendre soin de lui
"Au début de ma revalidation, après 6 mois de chimiothérapie et l'ablation d'un sein, je ne savais même plus m'agenouiller ni monter un escalier", se souvient Julie, qui a dû se battre contre un deuxième cancer du sein à 38 ans, juste après la naissance de son second enfant.
"Lors des premières séances, c'était très dur. Je n’avais pas d'énergie, j'avais mal partout...
Pourtant, les exercices sont très doux tout au long du parcours de revalidation, on est loin des séances abdo-fessiers dans un club de fitness ! Mais après quelques séances, j'avais déjà beaucoup moins mal. Je sortais de là avec plus d'énergie et une saine fatigue physique qui m'aidait à faire la sieste l'après-midi.
Au bout des 4 mois de revalidation, j'avais récupéré mes capacités physiques d'avant sans m'en rendre compte. Même plus qu'avant mon cancer puisque je ne faisais plus beaucoup de sport avec mes deux grossesses.
La revalidation m'a aidée à retrouver l'énergie que j'avais perdu avec la maladie. Comme si le corps me remerciait de prendre soin de lui… On est porté par le groupe aussi, qui apporte un soutien énorme. Voir son corps se remuscler aide aussi à reprendre confiance en soi et se sentir belle. Et ce, avec les cicatrices, qui font partie de nous.
Deux ans plus tard, je continue à faire de la marche plusieurs fois par semaine et j'ai commencé à faire de la zumba dans un club de sport où je mets une énergie de dingue. J'en ai besoin pour me sentir bien psychologiquement. Et j'ai pris conscience que c'est essentiel pour ma santé, notamment pour réduire le risque de récidive. Ça me motive".
Il est essentiel de se faire encadrer par un professionnel formé en oncologie, met en garde Véronique Raskin. "Je récupère régulièrement des patients sportifs à la base qui ont voulu reprendre seuls et se sont blessés. Ce qui peut retarder voire mettre en péril la récupération".
La plupart des grands centres hospitaliers proposent de la revalidation oncologique post traitement. Les maisons de ressourcement proposent aussi des séances adaptées une fois que le programme de revalidation à l'hôpital est terminé. Lorsque l'accès aux maisons de ressourcement n'est plus possible, certains dispositifs tels que sport sur ordonnance permettent de poursuivre de l'activité physique adaptée de façon sécurisée et encadrée, mais hors du cadre médical.