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Les 1.000 premiers jours du bébé ont un impact important sur sa santé future. Pendant cette période de vulnérabilité, une alimentation et un environnement sains, sans polluants, est capitale. Pour l'assurer, il est urgent que les pouvoirs publics agissent…
Publié le: 24 mars 2025
Par: Barbara Delbrouck
7 min
Photo: © Adobe Stock // Les 1.000 premiers jours constituent un moment stratégique pour la prévention des maladies, pendant laquelle on peut mettre en place de bonnes bases pour le futur.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la population hollandaise subit une grande famine. Bien des années plus tard, le constat est frappant : les bébés nés après "l'Hiver de la faim" et dont les mamans ont subi des privations importantes, présentent à l'âge adulte une incidence plus élevée d'obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires. Et ce, à cause d’une altération de leur métabolisme des graisses. Depuis, de nombreuses études ont démontré les liens entre nutrition précoce et développement de l'enfant. C'est ainsi qu'est né le concept des 1.000 premiers jours de vie, qui vont de la conception du bébé jusqu'à ses deux ans. Cette période est aujourd'hui reconnue comme une fenêtre de grande vulnérabilité, qui va influencer la santé de l’enfant à court terme, mais aussi son risque, à l'âge adulte, de développer certaines maladies. Comme si son organisme portait déjà en lui cette programmation… Heureusement, les dés ne sont pas jetés. La santé se joue tout au long de la vie. Mais ces 1.000 jours constituent un moment stratégique pour la prévention des maladies, pendant laquelle on peut mettre en place de bonnes bases pour le futur.
Pour expliquer l’impact de ces 1.000 premiers jours, on évoque des mécanismes "épigénétiques". Les expériences précoces — non seulement la nutrition, mais aussi l'exposition au stress ou à des toxiques comme le tabac et les polluants — vont laisser des marques biochimiques sur l'ADN de l'enfant. Celles-ci ne modifient pas le code génétique mais elles influencent, via divers mécanismes, l‘activation des gènes. Un peu comme une sorte d’interrupteur ou un bouton de volume qui amplifie ou réduit l’expression des gènes. Ceci impacte la façon dont le corps fonctionne, le rendant plus ou moins vulnérable à certaines maladies. D'où l'importance, pour les pouvoirs publics, d’accompagner les futurs parents dans cette période cruciale. Avec une attention particulière pour les familles plus vulnérables, afin de ne pas perpétuer les inégalités de génération en génération (voir notre article p.13).
Si la sous-nutrition connue par les mamans hollandaises pendant la guerre est aujourd'hui rare, une alimentation optimale n'est pas toujours au rendez-vous. Un écart persiste entre les recommandations et les habitudes des familles, comme en témoigne la surconsommation de protéines chez les jeunes enfants. L’accès à des aliments de qualité constitue une autre problématique majeure : omniprésence des produits ultra transformés, usage massif des pesticides dans l’agriculture, exposition aux polluants chimiques via divers produits de consommation… (voir notre encadré sur les PFAS). À ce niveau, l'intervention des pouvoirs publics s'avère aussi cruciale…
Depuis 25 ans, la recherche en pédiatrie environnementale s'est développée pour étudier l'impact des polluants sur les enfants. Elle a montré que les expositions précoces — en particulier prénatales — à des produits chimiques toxiques augmentent les risques de maladie à court et long terme. Un lien a été établi avec certaines pathologies en forte hausse chez les enfants depuis 50 ans, tels que les cancers, l'asthme, le diabète, l'obésité, le TDAH, les troubles du spectre autistique... En janvier, un consortium de pédiatres lançait un appel d’urgence à une meilleure régulation des produits chimiques pour protéger la santé des enfants, dans la prestigieuse revue New England Journal of Medicine. Ils dénoncent des lois trop peu prudentes, qui ne tiennent pas compte des effets "cocktail" et de la sensibilité accrue des plus jeunes. L’exposition commence dès la grossesse, via la mère, mais aussi avant la conception, à travers celle des deux parents. Après la naissance, l’alimentation devient la principale source d’exposition, d’autant que les bébés consomment, proportionnellement à leur poids, trois fois plus de nourriture qu’un adulte…
La MC, ainsi que plus de 40 autres structures (mutuelles, acteurs de l'eau et de l'environnement) ont signé une pétition qui demande aux décideurs de soutenir l'interdiction des PFAS au niveau européen, tout en travaillant sur un plan national de substitution efficace dans les produits de consommation.
Les PFAS perturbent le système immunitaire et endocrinien, endommagent le foie et la thyroïde, et sont associés à un risque accru de cancer et d'autres maladies graves.
Leur utilisation dans diverses applications industrielles et produits de consommation a conduit à une contamination généralisée. Un biomonitoring européen a révélé leur présence dans le sang de tous les individus examinés. Et c'est en Belgique qu'on trouve les niveaux les plus élevés.
Les citoyens y sont exposés à la fois via leur environnement (air, eau, sol) et les produits de consommation (emballages alimentaires, aliments, cosmétiques, boissons, pesticides, etc.)
Un environnement sain, une responsabilité politique
Les résultats du biomonitoring wallon mené par l'Institut Scientifique de Service Public (ISSeP) le prouvent : nous sommes tous exposés à de multiples substances chimiques et polluants présents dans l'eau, l'air, l'alimentation et les produits de la vie quotidienne. Pfas, plomb, arsenic, pesticides, PCB, bisphénols… La liste est longue. "On peut donner des conseils aux futurs parents pour essayer de réduire autant que possible leur exposition (voir encadré). Mais le problème, c'est que ça met toute la responsabilité sur leurs épaules", souligne Céline Bertrand, membre de la cellule environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale. D'une part cela creuse les inégalités avec les parents plus vulnérables, qui n'ont pas les ressources pour se protéger (autant qu'il est possible de le faire). D'autre part, cela déresponsabilise les pouvoirs publics. Il faut surtout des mesures politiques pour protéger la population, en particulier les enfants et les futurs parents.
Céline Bertrand, cellule environnement de la SSMG
Législation et alimentation, deux leviers à saisir
Il est essentiel de durcir la règlementation des produits chimiques, martèle Céline Bertrand. "On l'a vu avec l'amiante. À un moment, les coûts pour la santé publique, à cause des maladies à soigner, dépassent les coûts liés à la règlementation ". L'experte rappelle l'expérience des États-Unis, lorsque le plomb a été retiré de l'essence. À chaque cohorte de naissance, les enfants récupéraient plusieurs points de QI, ce qui a permis de faire d'importantes économies en soins de santé. "La réduction de l’exposition aux produits chimiques toxiques peut produire des avantages économiques majeurs en nous permettant de prévenir de nombreux problèmes de santé. La littérature scientifique est foisonnante à ce sujet mais la plupart des décideurs y restent hermétiques". En parallèle, investir dans une nourriture saine serait un excellent levier, encourage Céline Bertrand. "On peut rêver mais pourquoi ne pas donner aux parents, comme à Strasbourg, une ordonnance verte avec des paniers de fruits et légumes bios gratuits pendant la grossesse ?"
La cellule environnement de la Société scientifique de médecine générale (SSMG) a édité une brochure pour les futurs parents avec de nombreux conseils pour réduire l’exposition aux polluants chimiques. Elle recommande d’y être attentif dès que l’idée d’un projet bébé se profile...
Quelques gestes clés :
- Manger bio et en vrac. Réduire les produits transformés au profit de produits "bruts" plus sains, ce qui évite en outre le surcoût. Varier l'alimentation, pour varier les polluants.
- Dans la cuisine, évacuer les plastiques au profit du verre, du bois, de l'inox, du pyrex… Ne pas réchauffer la nourriture dans des récipients en plastique. Privilégier les gourdes en inox et les bouteilles en verre.
- Hygiène et entretien de la maison : limiter les produits et favoriser les options brutes naturelles (pain de savon, eau et vinaigre, savon de Marseille….), avec une certification écologique.
- Aérer chaque jour pour évacuer les polluants intérieurs, dégagés par les objets et meubles. Mais pas aux heures de pointe en ville.
- Dans la future chambre de bébé, opter pour des peintures écologiques. En cas de meubles ou revêtements de sol neufs, les déballer tôt et bien aérer la pièce.
Retrouvez plus de conseils dans la brochure sur le site docteurcoquelicot.com
Céline Bertrand, cellule environnement de la SSMG