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Il y a cinq ans, les restrictions sanitaires ont frappé plus durement les plus fragiles. Déceler les vulnérabilités sociales sans attendre permettrait de mieux gérer les crises à venir.
Publié le: 19 mars 2025
Par: Florence Marot
3 min
Photo: © AdobeStock // Certains publics comme les personnes sans papiers ou les familles monoparentales, ont vu leur conditions de vie se dégrader.
Andrea Rea, chercheur à l'ULB
Ce constat, c’est celui que dresse une équipe de recherche dirigée par le sociologue et professeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Andrea Rea. Dans un ouvrage collectif, les chercheurs ont comparé les conséquences de la gestion de la pandémie sur les inégalités sociales et de santé dans trois pays: la Belgique, la Suisse et le Canada.
Leurs conclusions sont limpides: l’impératif d’éviter la saturation des hôpitaux et l’effondrement économique a prévalu partout. Mais souvent au détriment d’autres risques. Parmi les écueils, les chercheurs pointent l’invisibilisation de certains groupes sociaux et les difficultés d’accès aux données sociales.
En Belgique, le gouvernement fédéral a opté pour une hypercentralisation des décisions politiques. Cette concentration du pouvoir a également été observée en Suisse, mais pas au Canada. "Ce dernier pays peut servir d’exemple à plusieurs titres, commente Andrea Rea. Les provinces disposent de leur propre politique de santé, plus en phase avec les spécificités locales. Et les autorités fédérales ont fourni une aide sociale sans condition, qui a permis de réduire le taux de pauvreté pendant la crise."
Chez nous, la pandémie a renforcé les inégalités. Les mesures sanitaires ont majoritairement reposé sur des données épidémiologiques (cas de Covid identifiés, décès associés) et une vision homogène de la population, masquant les différentes réalités sociales. "Les personnes qui ont été les plus touchées sont celles qui vivaient dans le règne de la débrouille avant la crise et que cette dernière a précipitées dans la dépendance sociale et financière", notent les chercheurs. Des publics spécifiques, comme les familles monoparentales (majoritairement portées par des femmes), les étudiants, les travailleurs intermittents, les travailleuses du sexe et les personnes sans papiers, ont vu leurs conditions de vie se dégrader significativement.
Au sein des quartiers défavorisés, le confinement dans des logements souvent exigus et surpeuplés a été plus difficile à respecter. À cet égard, "on peut se demander si le confinement est le meilleur dispositif, puisqu’il devient source de contaminations dans ces conditions", relève le sociologue. À Bruxelles et en Suisse, des études montrent aussi que la répression policière s'est exercée plus fortement dans ces quartiers, "renforçant les inégalités entre citoyens devant la loi."
Quelles leçons tirer en cas de nouvelle pandémie ? Pour Andrea Rea, "il est primordial de tenir compte des dimensions sociales de la diffusion d’un virus dès le début d’une crise." Car on le sait : les individus ne sont pas tous exposés, ni affectés de la même manière selon leurs conditions de vie.
Dans les trois pays étudiés, les déterminants sociaux de la santé (comme le niveau d’étude, le revenu, l’origine ethnique, etc.) ont été sous-documentés pendant la pandémie, faute d’accès rapide à ces données sensibles. "En Belgique, nous avons mis trois ans à obtenir certaines données", précise Andrea Rea.
Aux yeux des chercheurs, une meilleure collecte et un croisement efficace des données administratives, sociales et de santé devrait guider les choix politiques. "Il faut pouvoir accéder à ces données plus rapidement, tout en garantissant l’ensemble des exigences en matière de protection de la vie privée et de non-identification des personnes", plaide Andrea Rea.